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  • Photo du rédacteurDelphine Chenu

ANASTASIA, une femme inspirée par la Nature, pour des Naissances plus Libres et Humaines.

Dernière mise à jour : 12 juil. 2023

CHAPITRE 2:

“ Madagascar, une histoire à jamais gravée dans ma mémoire”

- naissance naturelle

- empowerment

- peur

-s’en remettre à la vie


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Anastasia

…. Et, il y a eu ma rencontre avec les femmes africaines.

Je suis partie quelque temps à Madagascar, dans les montagnes, là où, les femmes malgaches m'ont montré ce que c'était d’ accoucher naturellement, dans des conditions forcément très différentes de celles qu'on connaît.


Je me rappelle que je vivais en périphérie d'une petite ville qui s'appelait Antsirabé, dans les montagnes et il y avait une espèce de petite “maison de naissance”.

C'était, en réalité, deux salles où les femmes toquaient à la porte, et elles venaient accoucher de leurs bébés.

On ne les connaissait pas, on les avait peut-être vu une fois.

En général, on demandait quand même une échographie, mais on ne savait rien de plus sur ces femmes et ces bébés.


Laisse-moi te raconter une histoire qui restera gravée en moi pour longtemps..

Je me rappelle d'une jeune fille de 16 ans, elle attendait des jumeaux.

Ça s’est passé en pleine nuit, elle a commencé son travail de naissance.

Là-bas, à Madagascar et en Afrique, les familles portent les femmes qui accouchent,

donc il y avait sa mère et sa sœur, mais il n'y avait pas d'homme à ce moment-là,

parce que les hommes restent en dehors des accouchements dans cette culture.


C'était sa mère et sa sœur qui s'occupaient d'elle, de ses besoins pendant le travail, qui l'accompagnaient.

La sage femme était vraiment une référente, juste pour vérifier que tout allait bien.

Je me rappelle que je m'étais assoupie pendant la nuit, puisqu'elle était en train de "travailler". Ma collègue a frappé à la porte en me disant:

« Anastasia, ça y est, elle va accoucher, la dilatation est complète !

C'est toi qui t'en occupe, moi, je vais dormir.”


Je sors. Il y avait un petit jardin qui séparait mon habitation et la maison de naissance.

Il était 2h00 ou 3h00 du matin, ma collègue sage femme m’accompagnait, on est passé sous le ciel étoilé, la voûte étoilée… Immense…

Ah! je m'en souviendrai toute ma vie des étoiles de Madagascar !

En allant vers cette femme, j'avais UNE PEUR…

Je me suis dit « Et si ça ne se passe pas bien… Ce sont des jumeaux… Je ne la connais pas tant que ça… »


Alors, à ce moment-là, vraiment, je me suis connectée aux étoiles qui étaient au-dessus de ma tête, et pour la première fois j’ai prié.

À ma façon ! En pensées…

Je me rappelle m’être dit:

« En fait, ce processus de naissance existe depuis… avant ma propre naissance, depuis la nuit des temps… Alors, je m’en remets à la vie, je m'en remets à la vie et je vais faire de mon mieux pour les accompagner. »


La jeune maman était allongée sur une table en bois, il n'y avait RIEN d’autre.

Elle n'avait absolument aucun habit pour ses bébés, etc.

À ce moment-là, le premier bébé est arrivé, il se présentait bien, un beau bébé, la tête sort, le corps du bébé sort, tout va bien. C’est donc moi qui ait accueilli ce petit bout !


La maman et la soeur étaient là toutes les deux et elles avaient le sourire.

Pendant que je palpais le ventre de cette femme pour voir comment se présentait le deuxième enfant, je me rends compte qu’il ne se présente pas de manière favorable…

il me semblait très petit, et je n'arrivais pas trop à le sentir.”

On n'avait pas de matériel pour voir comment le bébé était placé, je me rappelle de ce moment de flottement dans lequel nous nous sommes regardées… ça devrait fonctionner.


Soudain, il a fallu que cette femme pousse parce que le cœur du bébé décélérait.


Je parlais quelques mots de malgache seulement, et je lui ai dit:

« Écoute, là, il faut que tu te connectes à ton bébé et on y va, il faut qu'il sorte. »


Et à ce moment là, je me souviens, je me suis connectée moi aussi à ce bébé de toutes mes forces et j’ai vu son ventre se transformer, et ce bébé plonger !


Cette femme avait changé de posture, intérieurement et extérieurement.

Son bébé s'était mis dans son axe, et il est arrivé la tête la première.


Il est sorti et il était tout petit par rapport à son frère. Je l'ai pris, il n’a pas respiré tout de suite alors je l'ai mis avec son frère, je les ai collés l'un contre l'autre, je les ai stimulés pour qu'il s'éveille.

Puis, ils se sont mis à crier tous les deux ! C'était incroyable de magie.

J'en ai des frissons rien que d'y penser parce que cette femme a été d'une force incroyable !

Je lui ai rapporté ces deux bébés et les ai placés sur son cœur.

J’ai enveloppé la maman dans un gros plaid et je lui ai dit:

“ Voilà ! Tu es MAMAN maintenant !”

Elle a pleuré. C'était magnifique.


Cette femme avait 16 ans, elle a accouché sur une table en bois dans les montagnes de Madagascar.


C'est un des accouchements qui m'a beaucoup marquée parce que je sentais CETTE PEUR.

Puis j’ai choisi. J’ai décidé que ma foi serait plus forte, plus puissante que ma peur.

Je me suis dit : “Non, je ne céderai pas au doute, on va y aller ensemble”.

C'est là que j'ai compris, dans ce genre de situation, le fossé qui existait par rapport aux accouchements que j’avais pu vivre en Occident.


Ensuite, je suis partie au Maroc, dans un hôpital sur la côte marocaine, qui accueille énormément de naissances, et ça été pour moi une grande épreuve. En allant accompagner les femmes et les bébés là-bas, j’ai pris conscience de la réalité que vivent certaines de nos sœurs, d’autres femmes du monde, dans certaines structures de soins de santé.

J’ai vu des femmes, qui parfois font des kilomètres à pied pour venir accoucher à la maternité, qui font la majeure partie de leur travail par terre dans une salle carrelée, parmi les autres femmes, des femmes qui, selon les pratiques du pays, reçoivent des coups alors qu’elles accouchent, et des cris, de certaines de nos consoeurs sages-femmes.

Une réalité tellement dure, que j’en ai pleuré tous les jours, d’impuissance, de douleur pour elles, et aussi de respect, face à la résilience que j’ai pu voir dans leurs yeux.

Là-bas, j’ai vécu des expériences indescriptibles, qui m’ont fait prendre conscience de la valeur de notre qualité de vie et de l’accès aux moyens dont nous disposons, ici en Occident, des choses que nous oublions si vite, et que nous chérissons si peu.


À Madagascar ou au Maroc, j’étais dans des situations où il n'y avait pas d'autres moyens que juste faire confiance et se livrer à cette sagesse ancestrale et clinique que nous partageons, sages-femmes.

Bien entendu, ma formation médicale a été capitale dans ma posture pour avoir les gestes et les attitudes cliniques justes et les plus sécurisantes possibles malgré le peu de matériel et de médicaments que nous avions.

C'est là que j'ai pris conscience de la force, non seulement de la femme qui accouche,

la force des enfants qui se mettent au monde, qui sont d'une puissance phénoménale, et la force aussi de tout le soutien familial, que soit la mère, la sœur, le partenaire, quand c'est possible.


Alors, je dirai que…

La naissance, pour qu'elle soit bien accompagnée, il faut qu'elle soit vécue pleinement par les familles. Parce que la Naissance appartient d'abord aux familles.


Pas aux professionnels, pas aux hôpitaux, pas aux systèmes.

Et plus j’avance dans mon expérience, plus je réalise que c’est l’empreinte émotionnelle de cette expérience qui est transmise au sein de la famille et aux générations suivantes.


Chacun fait de son mieux, médecins, sages-femmes, anesthésistes, pédiatres, auxiliaires, puéricultrices… et j’ai observé que, quelque soit le pays, la culture, les pratiques ou les religions, qui colorent l’expérience de la mise au monde, nous avons toutes et tous ce même objectif : que cette naissance se passe au mieux pour tout le monde.


Pour répondre à ta question de base, du “comment on peut accompagner la naissance”, pour moi, une naissance sera vécue avec humanité et amour, si on met au centre la femme, l'homme et le bébé.

Et c’est toujours le cas lorsque l’on vit une naissance naturelle, car cet équilibre est nécessaire à l’expression de la physiologie naturelle de l’enfantement. Cela peut être moins le cas lorsque la médicalisation prend une place centrale dans l'expérience du couple, car on s’éloigne du vécu humain propre à la naissance.


Quelles que soient les conditions pratiques, le lieux d’enfantement ou même le projet, ce qui compte, c’est la façon dont est ressentie la naissance de cet enfant, au cœur de cette famille, par la famille elle-même !

Je suis convaincue que la famille doit être au centre, respectée, épaulée, écoutée dans l'accueil de leur bébé, c'est capital et c’est ce qui crée en grande partie, l’empreinte du souvenir et de la mémoire de l’expérience.

Une mémoire qui, on le sait aujourd’hui, a un impact sur l'équilibre de santé d’une personne, et d’une famille...



Suivez la Saga de l'été en découvrant Anastasia, Gardienne des Passages,

Chapitre 3, mercredi prochain à 11H30 !


***


Retrouvez Anastasia ici 🌹:

Instagram: Anastasia_Dussaussoy




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